
" ...On pensait que l’épilepsie était un problème
psychiatrique, jusqu’à ce que les anomalies neurologiques sous-jacentes
soient comprises. Des chercheurs ont découvert
des anomalies médicales
et neurologiques chez les personnes souffrant d'un trouble borderline.
De nombreux symptômes sont probablement dus à un dysfonctionnement
du système limbique du cerveau. A mon avis,
le trouble de la personnalité
borderline est en premier lieu un problème médical.
Il peut maintenant être traité.
L'Expérience Limite
(The Borderline Experience)
Imaginez que vous êtes confronté à un stress mineur
: un pneu plat, un évier bouché ou un leger désaccord
avec votre épouse, votre ami, votre fiancé(e), votre enfant,
etc. Au lieu de trouver une solution acceptable,
votre esprit semble paniquer.
Un sentiment d'appréhension se développe, pouvant causer
une gêne dans l’estomac ou la poitrine. Des sensations d’angoisse
viennent compliquer ce sentiment croissant
d'appréhension et d’inquiétude.
Ceci est suivi par une colère qui augmente progressivement, devenant
éventuelleement une rage si forte qu’elle vous submerge, alors même
que vous vous rendez compte qu'elle est excessive. Dans les minutes ou
les heures qui suivent, d’autres sentiments négatifs se glissent,
y compris des souvenirs de souffrances passées, jusqu’à ce
que vous reviviez virtuellement chaque émotion négative qu’un
être humain peut ressentir.
Vous vous sentez piégé et vulnérable.
Vos défenses
psychologiques sont submergées par une douleur émotionnelle
insupportable. Vous vous sentez déprimé.
Vous vous sentez
incapable de réagir alors que votre esprit et votre corps
sont maintenant
dans une panique totale. Vous perdez la perception de
la réalité,
sautant vers des conclusions erronées dans un effort
vain pour réaliser
ce qui arrive. Et comme la douleur continue de s’intensifier,
le système
nerveux crée des sensations bizarres de vide, d’engourdissement
et d’irréalité. Vous devenez incapable
de penser rationnellement
alors que la panique continue d'empirer.
Votre esprit cherche alors désespérément une
issue et des solutions pour fuir cette douleur. Il fait revenir à
la mémoire des activitées passées où vous vous
sentiez mieux. Dès qu’une méthode est trouvée, votre
esprit vous force avec frénésie à poursuivre cette
activité jusqu’à un niveau excessif,
auto-destructeur, résultant
finalement en une délivrance biochimique.
Des substances chimiques
du cerveau sont libérées et stoppent la douleur pour vous
permettre de vous sentir de nouveau 'normal(e)'.
Mais comment se sentir de nouveau « normal » lorsqu’on
sait qu’un phénomène aussi horrible se reproduira? Comment
se sentir à nouveau normal lorsque votre conduite auto-destructrice
et déplacée a pour témoins votre famille, vos amis,
vos collègues ou votre employeur? Comment encore se sentir
normal lorsque ces comportements provoquent des ennuis financiers, relationnels,
physiques ou légaux?
Pour ceux qui ne sont pas atteints de trouble borderline, il s’agit
d’un cauchemar qu’on espère ne jamais devoir vivre.
Les "Borderline"
le vivent et le revivent sans cesse, surtout lorsqu’ils sont confrontés
à un stress. Bien que les personnes «
borderline » ressentent
certains symptômes chacune à leur façon, les sensations
horribles décrites dans le premier paragraphe (appelées «
dysphorie ») sont fréquemment vécues par les personnes
"borderline"
Les « borderline » sont prêts à presque
tout pour faire disparaître cette dysphorie.
La plupart de l’impulsivité
et de l’auto-destruction représentent un effort en vue d’éliminer
cette dysphorie. Certains « borderline », spécialement
ceux qui souffrent gravement, vont littéralement couper leur corps
pendant ces stades de dysphorie. L’auto-mutilation en elle-même est
sans douleur (les coupures ne font pas mal) , mais elle soulage de la dysphorie
Les « borderline » souffrent aussi de sautes d’humeur
fréquentes , intenses et imprévisibles, qui peuvent provoquer
de la dysphorie, même en l’absence de stress. Les sautes d’humeur
paralysent les efforts du « borderline » pour vivre une vie
heureuse et réussie. Les « Borderlines » sont les victimes
d’une maladie extrêmement pénible...
Tout comme les malades atteints d’épilepsie, de dystrophie
musculaire et de névrite fibromateuse (« la maladie de l’homme
éléphant), les victimes de troubles « borderline »
n’ont ni demandé, ni mérité ou causé leur affection.
Les symptômes peuvent être si désagréables pour
ceux qui sont en contact avec les « borderline » qu'il peut
être difficile voire impossible de ressentir des sentiments
de compréhension ou de compassion à leur égard. Les
« borderlines » souhaitent désespérément
être aimés, mais leur maladie les fait parfois paraître
impossibles à aimer (non "aimables"). Ils sont terrifiés
à l’idée d’être abandonnés mais sont en même
temps incapables d’empêcher leur maladie de détruire leurs
relations.
C'est ce que l'on appelle, l'expérience borderline.
Les Faits
Les facteurs génétiques sont importants : le borderline
tend à tenir ça de famille. Le risque de développer
un trouble borderline est six fois plus grand lorsqu’un proche parent a
lui-même cette maladie. Dans des études portant sur de vrais
jumeaux, les chercheurs ont découvert que beaucoup de traits de
personnalité sont déterminés génétiquement.
Il existe une association entre certaines caractéristiques de la
personnalité et le type sanguin (appelé « antigènes
du groupe sanguin »).
Les « borderline » souffrent également et souvent
d’autres troubles. PMS (syndrome premenstruel),dépression, hypothyroïdisme,
déficit en vitamine B12, autres troubles de la personnalité,
angoisse, troubles de l'alimentation et problèmes d'abus de substances
(drogues,etc) sont les plus fréquents. L’intelligence n’est pas
touchée par la maladie mais la capacité d’organiser et de
structurer son temps peut se trouver sérieusement compromise. Il
n’y a aucun lien avec la schizophrénie.
... Alors que de nombreux « borderlines » ont souffert
de maltraitance ou de négligence durant leur enfance, d’autres ont
développé le trouble à la suite de blessures à
la tête, d’épilepsie ou d’infections au cerveau. La disparition
prématurée des parents ou l’inceste sont communément
associés aux troubles « borderline »
Les faits prouvant l’origine médicale du trouble sont impressionnants
: Des études des ondes cerébrales montre souvent des perturbations.
Les examens physiques neurologiques sont anormaux. La mémoire et
la vision des choses sont altérées. La fonction glandulaire
peut aussi être anormale. Le sommeil est anormal. La réaction
à certains médicaments est bizarre. Lorsqu’elle est
injectée en intraveineuse, la procaïne provoque normalement
des somnolences, tandis qu’un « borderline » ressentira plutôt
les symptômes de dysphorie décrits dans le premier paragraphe.
Si l’état « borderline » n’était qu’une maladie
émotionnelle, pourquoi alors noterait-on la présence de tous
ces autres troubles médicaux neurologiques?
Les « borderlines » ont des déficiences probables
au niveau du neurotransmetteur serotonine, une substance
chimique cérébrale
extrêmement importante. Les problèmes de sérotonine
peuvent provoquer de l’angoisse, de la dépression, des troubles
d’humeur, une perception anormale de la douleur, de l’agressivité,
de l’alcoolisme, des troubles de l'alimentation et de l’impulsivité.
Un excès de sérotonine peut induire un comportement
dépressif.
Les déficiences en sérotonine peuvent provoquer beaucoup
de problèmes, et surtout un comportement suicidaire. Des niveaux
bas de sérotonine peuvent augmenter le risque d’auto-destruction
ou d’actions impulsives au cours d’une crise. Les suicides les plus violents
(pendaison, noyade, etc…) sont généralement commis par des
patients qui montrent un niveau diminué du métabolite (produit
d’élimination) de la sérotonine au niveau de la moëlle
épinière (du fluide spinal). Chez ceux qui ont tenté
sans succès de se suicider, 2 % seront morts dans l’année
qui suit. Si le niveau du métabolite de la sérotonine est
bas, ce risque monte à 20%
Les traitements
Grâce aux derniers développements en médecine, les
patients « borderline » peuvent maintenant être soignés
et souvent guéris. Le médicament
Prozac (substance : fluoxétine)
arrête habituellement en quelques jours les sautes d’humeur. Ceci
est, à mon avis, une percée pour les « borderline »
aussi importante que ne l’a été l’insuline pour les diabétiques.
Les « borderlines » se considèrent généralement
comme des profanes. Je dis fréquemment à mes patients «
borderline » : "vous n’êtes pas un *#%@*, votre cerveau est
cassé". Une fois que ce concept est compris et accepté, le
patient borderline ressent généralement un énorme
soulagement. Ils ont besoin de savoir qu’ils ont une valeur comme être
humain. Les sentiments de désespoir et de
frustration sont remplacés
souvent par de l’optimisme et de la motivation, une fois que le Prozac
a arrêté les sautes d’humeur et que le patient réalise
qu’il peut mener une vie plus heureuse et plus réussie.
Tous les « borderline » ont besoin d’une aide psychologique.
Il est pratiquement impossible de vivre des pendant des années comme
« borderline » sans avoir besoin d'une aide psychologique.
Du fait que les problèmes sous-jacents sont probablement structurels
à l’intérieur du cerveau, le patient « borderline »
se trouve avec devant lui une vie remplie de moments pénibles et
une capacité à récupérer limitée.
Aucun médicament ne devrait jamais être administré
sans une surveillance médicale
appropriée. Ceci est particulièrement
vrai pour les médicaments donnés aux patients « borderline
» pour traiter leurs troubles. Certains médicaments aggravent
les symptômes du « borderline » , et spécialement
l’amitryptilline (ELAVIL) et l’alprazolam (XANAX). Probablement un tiers
des patients borderline peuvent souffrir d’hypothyroïdisme, malgré
un test sanguin TSH normal: ils peuvent alors avoir besoin de médication
pour la thyroide.
L’antidépresseur fluoxetine (Prozac), qui augmente la sérotonine,
élimine virtuellement les sautes d’humeur. Les
sentiments de colère,
de vide et d’ennui sont souvent éliminés ou diminués.
La plupart des patients « borderline » que j’ai traités
considèrent le Prozac comme une drogue miracle. Alors que certains
d’entre eux ont besoin du médicament toute leur vie, de nombreux
ont pu l’arrêter après un an sans que ne réapparaissent
les sautes d’humeur. Les effets secondaires consituent
rarement un problème
important.
Les neuroleptiques …se sont révélés efficaces.
Ils constituent un appoint remarquable pour traiter la dysphorie et la
psychose et peuvent avoir un effet préventif lorsque le «
borderline » ressent du stress. Ils semblent pouvoir « mettre
un frein » lorsque les pensées commencent à s’affoler.
Mais on ne devrait les utiliser que lorsqu’ils sont nécessaires,
comme un antiacide pour les brûlures d’estomac. Ces médicaments
peuvent être efficaces à faible dose, et doivent être
pris avec grande prudence.
Si certains médicaments peuvent aider pour le traitement de
quelques symptômes, le cerveau reste manifestement « cassé
». Après une attaque, le cerveau réclame une thérapie
pour permettre aux zones saines de reprendre en charge les fonctions des
zones atteintes. C’est la même chose avec les patients «
borderline » en stade de récupération. Je reste
persuadé que le cerveau a besoin d’un re-entraînement.
Les affirmations ...fonctionnent, comme le cerveau humain peut croire presque
n'importe quoi si on le lui dit assez souvent...
...
Parfois, des symptômes de confusion du lobe temporal (semblable
à l’épilepsie) compliquent le trouble. Les symptômes
les plus courants sont des périodes de non conscience, la sensation
que les choses sont irréelles et l’engourdissement de certaines
parties du corps. Ces symptômes sont plus fréquents sous stress,
en cas de dépression, de dysphorie sévère et de crises
d’inceste. Ces symptômes peuvent être traités avec le
médicament de l’épilepsie qu’est la carbamazepine (Tegretol)...
Les « Borderlines » sont des victimes. Ils n’ont pas
provoqué leur maladie. Ils ne veulent pas de cette maladie. Ils
veulent être traités correctement... Et ils méritent
qu’on leur donne cette opportunité.
L’institut National de Santé Mentale (NIMH) a été
la seule source influente d’étude objective et d’information concernant
la vraie biologie qui se trouve derrière les troubles de personnalité
borderline.
Des études importantes, comme celles faites par les dr Cowdry
et Gardner en 1987, ont montré l’efficacité du Tegretol (carbamazepine)
et des neuroleptiques ainsi que les dangers du Xanax (alprazolam). Cet
article a été publié dans les Archives de Psychiatrie
Générale en février 1988...
Dr. Cowdry était le directeur du NIMH pendant ces dernières
années, et sera impliqué dans de futures recherches."
French translation by Alain Tortosa, psychotherapist and president
of the french BPD organization AAPEL
(Traduction française par Alain Tortosa, psychothérapeute
et président de l'AAPEL, Association d'Aide aux personnes souffrant
d'un Etat Limite ou borderline.
www.AAPEL.org):
Autorisation par Leland M. Heller, M.D.


[English] [Spanish]
[French / Francais] [German]
[Italian] [Portuguese]
[Dutch]