Dr. Heller Discusses BPD (11910 bytes)

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" ...On pensait que l’épilepsie était un problème psychiatrique, jusqu’à ce que les anomalies neurologiques sous-jacentes soient comprises.  Des chercheurs ont découvert des anomalies médicales et neurologiques chez les personnes souffrant d'un trouble borderline.  De nombreux symptômes sont probablement dus à un dysfonctionnement du système limbique du cerveau.  A mon avis, le trouble de la personnalité borderline est en premier lieu un problème médical.  Il peut maintenant être traité.

L'Expérience Limite
(The Borderline Experience)

Imaginez que vous êtes confronté à un stress mineur : un pneu plat, un évier bouché ou un leger désaccord avec votre épouse, votre ami, votre fiancé(e), votre enfant, etc.  Au lieu de trouver une solution acceptable, votre esprit semble paniquer. Un sentiment d'appréhension se développe, pouvant causer une gêne dans l’estomac ou la poitrine.  Des sensations d’angoisse viennent compliquer ce sentiment croissant d'appréhension et d’inquiétude. Ceci est suivi par une colère qui augmente progressivement, devenant éventuelleement une rage si forte qu’elle vous submerge, alors même que vous vous rendez compte qu'elle est excessive.  Dans les minutes ou les heures qui suivent, d’autres sentiments négatifs se glissent, y compris des souvenirs de souffrances passées, jusqu’à ce que vous reviviez virtuellement chaque émotion négative qu’un être humain peut ressentir.

Vous vous sentez piégé et vulnérable.  Vos défenses psychologiques sont submergées par une douleur émotionnelle insupportable.  Vous vous sentez déprimé.  Vous vous sentez incapable de réagir alors que votre esprit et votre corps sont maintenant dans une panique totale.  Vous perdez la perception de la réalité, sautant vers des conclusions erronées dans un effort vain pour réaliser ce qui arrive.  Et comme la douleur continue de s’intensifier, le système nerveux crée des sensations bizarres de vide, d’engourdissement et d’irréalité.  Vous devenez incapable de penser rationnellement alors que la panique continue d'empirer.

Votre esprit cherche alors désespérément une issue et des solutions pour fuir cette douleur.  Il fait revenir à la mémoire des activitées passées où vous vous sentiez mieux.  Dès qu’une méthode est trouvée, votre esprit vous force avec frénésie à poursuivre cette activité jusqu’à un niveau excessif, auto-destructeur, résultant finalement en une délivrance biochimique.  Des substances chimiques du cerveau sont libérées et stoppent la douleur pour vous permettre de vous sentir de nouveau 'normal(e)'.

Mais comment se sentir de nouveau « normal » lorsqu’on sait qu’un phénomène aussi horrible se reproduira?  Comment se sentir à nouveau normal lorsque votre conduite auto-destructrice et déplacée a pour témoins votre famille, vos amis, vos collègues ou votre employeur?  Comment encore se sentir normal lorsque ces comportements provoquent des ennuis financiers, relationnels, physiques ou légaux?

Pour ceux qui ne sont pas atteints de trouble borderline, il s’agit d’un cauchemar qu’on espère ne jamais devoir vivre.  Les "Borderline" le vivent et le revivent sans cesse, surtout lorsqu’ils sont confrontés à un stress.  Bien que les personnes « borderline » ressentent certains symptômes chacune à leur façon, les sensations horribles décrites dans le premier paragraphe (appelées « dysphorie ») sont fréquemment vécues par les personnes "borderline"

Les « borderline » sont prêts à presque tout pour faire disparaître cette dysphorie.  La plupart de l’impulsivité et de l’auto-destruction représentent un effort en vue d’éliminer cette dysphorie.  Certains « borderline », spécialement ceux qui souffrent gravement, vont littéralement couper leur corps pendant ces stades de dysphorie.  L’auto-mutilation en elle-même est sans douleur (les coupures ne font pas mal) , mais elle soulage de la dysphorie

Les « borderline » souffrent aussi de sautes d’humeur fréquentes , intenses et imprévisibles, qui peuvent provoquer de la dysphorie, même en l’absence de stress.  Les sautes d’humeur paralysent les efforts du « borderline » pour vivre une vie heureuse et réussie.  Les « Borderlines » sont les victimes d’une maladie extrêmement pénible...

Tout comme les malades atteints d’épilepsie, de dystrophie musculaire et de névrite fibromateuse (« la maladie de l’homme éléphant), les victimes de troubles « borderline » n’ont ni demandé, ni mérité ou causé leur affection. Les symptômes peuvent être si désagréables pour ceux qui sont en contact avec les « borderline » qu'il peut être difficile voire impossible  de ressentir des sentiments de compréhension ou de compassion à leur égard.  Les « borderlines » souhaitent désespérément être aimés, mais leur maladie les fait parfois paraître impossibles à aimer (non "aimables").  Ils sont terrifiés à l’idée d’être abandonnés mais sont en même temps incapables d’empêcher leur maladie de détruire leurs relations.

C'est ce que l'on appelle, l'expérience borderline.

Les Faits

Les facteurs génétiques sont importants : le borderline tend à tenir ça de famille.  Le risque de développer un trouble borderline est six fois plus grand lorsqu’un proche parent a lui-même cette maladie.  Dans des études portant sur de vrais jumeaux, les chercheurs ont découvert que beaucoup de traits de personnalité sont déterminés génétiquement. Il existe une association entre certaines caractéristiques de la personnalité et le type sanguin (appelé « antigènes du groupe sanguin »).

Les « borderline » souffrent également et souvent d’autres troubles.  PMS (syndrome premenstruel),dépression, hypothyroïdisme, déficit en vitamine B12, autres troubles de la personnalité, angoisse, troubles de l'alimentation et problèmes d'abus de substances (drogues,etc) sont les plus fréquents.  L’intelligence n’est pas touchée par la maladie mais la capacité d’organiser et de structurer son temps peut se trouver sérieusement compromise.  Il n’y a aucun lien avec la schizophrénie.

... Alors que de nombreux « borderlines » ont souffert de maltraitance ou de négligence durant leur enfance, d’autres ont développé le trouble à la suite de blessures à la tête, d’épilepsie ou d’infections au cerveau.  La disparition prématurée des parents ou l’inceste sont communément associés aux troubles « borderline »

Les faits prouvant l’origine médicale du trouble sont impressionnants : Des études des ondes cerébrales montre souvent des perturbations. Les examens physiques neurologiques sont anormaux.  La mémoire et la vision des choses sont altérées.  La fonction glandulaire peut aussi être anormale.  Le sommeil est anormal.  La réaction à certains médicaments est bizarre.  Lorsqu’elle est injectée en intraveineuse, la procaïne provoque normalement des somnolences, tandis qu’un « borderline » ressentira plutôt les symptômes de dysphorie décrits dans le premier paragraphe. Si l’état « borderline » n’était qu’une maladie émotionnelle, pourquoi alors noterait-on la présence de tous ces autres troubles médicaux neurologiques?

Les « borderlines » ont des déficiences probables au niveau du neurotransmetteur serotonine, une substance chimique cérébrale extrêmement importante.  Les problèmes de sérotonine peuvent provoquer de l’angoisse, de la dépression, des troubles d’humeur, une perception anormale de la douleur, de l’agressivité, de l’alcoolisme, des troubles de l'alimentation et de l’impulsivité.

Un excès de sérotonine peut induire un comportement dépressif.

Les déficiences en sérotonine peuvent provoquer beaucoup de problèmes, et surtout un comportement suicidaire.  Des niveaux bas de sérotonine peuvent augmenter le risque d’auto-destruction ou d’actions impulsives au cours d’une crise.  Les suicides les plus violents (pendaison, noyade, etc…) sont généralement commis par des patients qui montrent un niveau diminué du métabolite (produit d’élimination) de la sérotonine au niveau de la moëlle épinière (du fluide spinal).  Chez ceux qui ont tenté sans succès de se suicider, 2 % seront morts dans l’année qui suit.  Si le niveau du métabolite de la sérotonine est bas, ce risque monte à 20%

Les traitements

Grâce aux derniers développements en médecine, les patients « borderline » peuvent maintenant être soignés et souvent guéris.  Le médicament Prozac (substance : fluoxétine) arrête habituellement en quelques jours les sautes d’humeur.  Ceci est, à mon avis, une percée pour les « borderline » aussi importante que ne l’a été l’insuline pour les diabétiques. Les « borderlines » se considèrent généralement comme des profanes.  Je dis fréquemment à mes patients « borderline » : "vous n’êtes pas un *#%@*, votre cerveau est cassé".  Une fois que ce concept est compris et accepté, le patient borderline ressent généralement un énorme soulagement.  Ils ont besoin de savoir qu’ils ont une valeur comme être humain.  Les sentiments de désespoir et de frustration sont remplacés souvent par de l’optimisme et de la motivation, une fois que le Prozac a arrêté les sautes d’humeur et que le patient réalise qu’il peut mener une vie plus heureuse et plus réussie.

Tous les « borderline » ont besoin d’une aide psychologique. Il est pratiquement impossible de vivre des pendant des années comme « borderline » sans avoir besoin d'une aide psychologique. Du fait que les problèmes sous-jacents sont probablement structurels à l’intérieur du cerveau, le patient « borderline » se trouve avec devant lui une vie remplie de moments pénibles et une capacité à récupérer limitée.

Aucun médicament ne devrait jamais être administré sans une surveillance médicale appropriée.  Ceci est particulièrement vrai pour les médicaments donnés aux patients « borderline » pour traiter leurs troubles.  Certains médicaments aggravent les symptômes du « borderline » , et spécialement l’amitryptilline (ELAVIL) et l’alprazolam (XANAX).  Probablement un tiers des patients borderline peuvent souffrir d’hypothyroïdisme, malgré un test sanguin TSH normal: ils peuvent alors avoir besoin de médication pour la thyroide.

L’antidépresseur fluoxetine (Prozac), qui augmente la sérotonine, élimine virtuellement les sautes d’humeur.  Les sentiments de colère, de vide et d’ennui sont souvent éliminés ou diminués.

La plupart des patients « borderline » que j’ai traités considèrent le Prozac comme une drogue miracle.  Alors que certains d’entre eux ont besoin du médicament toute leur vie, de nombreux ont pu l’arrêter après un an sans que ne réapparaissent les sautes d’humeur.  Les effets secondaires consituent rarement un problème important.

Les neuroleptiques …se sont révélés efficaces. Ils constituent un appoint remarquable pour traiter la dysphorie et la psychose et peuvent avoir un effet préventif lorsque le « borderline » ressent du stress.  Ils semblent pouvoir « mettre un frein » lorsque les pensées commencent à s’affoler. Mais on ne devrait les utiliser que lorsqu’ils sont nécessaires, comme un antiacide pour les brûlures d’estomac.  Ces médicaments peuvent être efficaces à faible dose, et doivent être pris avec grande prudence.

Si certains médicaments peuvent aider pour le traitement de quelques symptômes, le cerveau reste manifestement « cassé ».  Après une attaque, le cerveau réclame une thérapie pour permettre aux zones saines de reprendre en charge les fonctions des zones atteintes.  C’est la même chose avec les patients  « borderline » en stade de récupération.  Je reste persuadé que le cerveau a besoin d’un re-entraînement.  Les affirmations ...fonctionnent, comme le cerveau humain peut croire presque n'importe quoi si on le lui dit assez souvent...
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Parfois, des symptômes de confusion du lobe temporal (semblable à l’épilepsie) compliquent le trouble.  Les symptômes les plus courants sont des périodes de non conscience, la sensation que les choses sont irréelles et l’engourdissement de certaines parties du corps.  Ces symptômes sont plus fréquents sous stress, en cas de dépression, de dysphorie sévère et de crises d’inceste.  Ces symptômes peuvent être traités avec le médicament de l’épilepsie qu’est la carbamazepine (Tegretol)...

Les « Borderlines » sont des victimes.  Ils n’ont pas provoqué leur maladie.  Ils ne veulent pas de cette maladie.  Ils veulent être traités correctement...  Et ils méritent qu’on leur donne cette opportunité.

L’institut National de Santé Mentale (NIMH) a été la seule source influente d’étude objective et d’information concernant la vraie biologie qui se trouve derrière les troubles de personnalité borderline.

Des études importantes, comme celles faites par les dr Cowdry et Gardner en 1987, ont montré l’efficacité du Tegretol (carbamazepine) et des neuroleptiques ainsi que les dangers du Xanax (alprazolam).  Cet article a été publié dans les Archives de Psychiatrie Générale en février 1988...
Dr. Cowdry était le directeur du NIMH pendant ces dernières années, et sera impliqué dans de futures recherches."


French translation by Alain Tortosa, psychotherapist and president of the french BPD organization AAPEL
(Traduction française par Alain Tortosa, psychothérapeute et président de l'AAPEL, Association d'Aide aux personnes souffrant d'un Etat Limite ou borderline. www.AAPEL.org):
Autorisation par Leland M. Heller, M.D.

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